Site Actenses (18-11-06)

Interview au site de l’association Actenses :

http://www.actenses.com/index.asp?m=2&z=22&i=91


Ils parlent à Actenses

Interview d'Anthony Douet du Conseil National de la Jeunesse (12 novembre 2006)

Anthony Douet, membre de la Commission Cohésion Sociale du Conseil National de la Jeunesse (CNJ) depuis 2005, a bien voulu répondre à nos questions sur cette institution qui gagne à être connue.

Sous la houlette du Ministère de la Jeunesse et des Sports, cette institution rassemble aujourd'hui deux cents jeunes de moins de 26 ans, qui s'expriment sur tous les sujets de société.
Pour avoir assisté à l'une de leurs réunions (voir nos articles Action), actenses s'étonne qu'ils ne soient pas plus visibles à une heure où les problèmes de la jeunesse sont d'une telle actualité. Nous avons voulu en savoir plus sur une institution qui mérite plus d'attention.

actenses : Quel est votre parcours et votre rôle au sein du CNJ ?

Anthony Douet : J'ai 21 ans et je suis actuellement étudiant en L3 de géographie et en master d'histoire. Je viens d'Angoulême où j'ai étudié jusqu'en juin 2006 et suis maintenant à Poitiers. Je suis membre du Conseil Départemental de la Jeunesse de Charentes depuis 2004, date de début de mon engagement en politique, dans la mesure où je suis membre du CNJ en tant que représentant du Parti Socialiste. J'ai rejoint le Conseil National de la Jeunesse en juin 2005, où je travaille dans la Commission Cohésion Sociale, et je suis représentant du CNJ au Programme Européen de la Jeunesse (PEJ).

a : Comment avez-vous rejoint le CNJ ?

A.D : J'étais suppléant d'un membre du CNJ, qui est parti pour raisons professionnelles en 2005. J'ai donc assuré la fin de son mandat, puis j'ai été élu pour un nouveau mandat.

a : Qu'est-ce que le CNJ ? Comment s'articule-t-il avec les Conseils Départementaux de la Jeunesse et les conseils municipaux de jeunes ?

A.D : Le CNJ a été créé en 1998 par Marie-George Buffet alors Ministre de la Jeunesse et des Sports. Il rassemble environ 200 jeunes, issus pour une moitié d'entre eux des conseils départementaux de jeunes (1 par département), l'autre moitié étant constituée de représentants d'associations, de partis politiques, de syndicats (1 par organisme). Nous débattons des problèmes de société et produisons des recommandations. Chaque CDJ élit en son sein un représentant au CNJ. Le CNJ a un rôle purement consultatif et est rattaché au Ministère de la Jeunesse et des Sports. Pendant une brève période, de 2002 à 2004, il a été rattaché au Ministère de l'Education Nationale avant d'être à nouveau rattaché au Ministère de la Jeunesse et des Sports.

Il n'y a pas de liens directs avec les conseils municipaux de jeunes, qui sont indépendants à la fois des conseils départementaux et du conseil national. En revanche, c'est bien entendu auprès d'eux que les conseils départementaux de la jeunesse recrutent en premier lieu : les membres des conseils départementaux sont présents par exemple à l'assemblée annuelle des conseils municipaux de la jeunesse. D'autre part, un partenariat entre les conseils départementaux et les conseils municipaux est envisagé dans le département de la Charente.

a : Les membres du CNJ sont en grande partie issus des Conseils Départementaux de la Jeunesse. Comment ces derniers sont-ils élus ?

A.D : La préfecture lance un appel public à candidature tous les deux ans, le dernier était en juin 2006. Puis un vote a lieu par les membres du CDJ sortant, le résultat étant validé par arrêté préfectoral. Le rôle du préfet est purement administratif. A ma connaissance, il n'y a jamais eu d'intervention d'un préfet pour refuser telle ou telle candidature. Le Ministère de la Jeunesse et des Sports en revanche a un droit de regard.

a : Qu'est-ce qui pousse les jeunes à devenir membre du CNJ ?

A.D : Il s'agit bien souvent de jeunes déjà engagés politiquement, ou bien de jeunes qui souhaitent s'engager dans la vie de leur département, ou encore des anciens des conseils municipaux de la jeunesse.

a : Qui le CNJ représente-t-il (tranche d'âge, couverture géographique, catégories socio-professionnelles…) ? Y'a-t-il une exigence de représentativité ?

A.D : Il n'y a aucune exigence de représentativité. La France est censée être représentée dans la composition de l'assemblée. C'est notamment le cas avec les représentants des conseils départementaux, par lesquels tous les départements sont représentés, y compris les DOM. La tranche d'âge concernée est 16-26 ans, mais en pratique ce sont surtout les 19-24 ans qui sont présents, en majorité étudiants ou salariés, parfois en situation précaire. Par exemple, nous n'avons pas de lycéen.

En termes de population, l'assemblée est assez représentative de la France, sauf que ce sont des personnes qui sont engagées et donc proche de la politique, qui votent, ce qui n'est pas le cas de tous les jeunes.

a : Quels sont les liens du CNJ avec le Ministère de la jeunesse et des sports ?

A.D : Il y a deux types de liens. D'abord administratif et financier par le support mis à disposition par le Ministère de la Jeunesse et des Sports. Cela inclut notamment un personnel du Ministère consacré à l'encadrement du CNJ, soit environ 4 à 5 personnes dont certaines à plein temps, en augmentation depuis que Jean-François Lamour s'occupe du CNJ. Ensuite, il y a un lien politique par la remise de nos recommandations au Ministère, et des accès aux autres institutions. Cela correspond à une politique du ministre : il a voulu donner au CNJ un rôle renforcé mais aussi des moyens.

a : Quels liens le CNJ entretient-il avec d'autres institutions / organismes ?

A.D : Nous sommes en relation avec d'autres ministères. Cela fait partie d'une politique d'ouverture décidée par Jean-François Lamour. Il nous a ouvert les portes du Ministère de l'Enseignement Supérieur du Ministère de la Solidarité (?) pour les problèmes liés au handicap, ainsi que les portes du Conseil Economique et Social (CES). Enfin, nous sommes en relation avec des associations ou divers organismes de jeunesse par le biais de leurs représentants permanents au sein du CNJ : l'OFAJ, l'OFQJ, le PEJ, INJEP…

a : Quelle a été l'implication du CNJ dans les Assises de la jeunesse du CES ?

A.D : Des membres du CNJ faisaient partie des groupes de travail montés par le CES dans le cadre des Assises Nationales de la Jeunesse. Mais plus largement, nous avons avec le CES un problème d'interprétation dans notre relation. Nous souhaitons qu'il y ait un membre des CDJ par CES régional – ce qui n'est le cas qu'en Lorraine – alors qu'eux nous proposent d'intégrer le CNJ au CES, comme proposé dans les recommandations des groupes de travail.
Quelle présence du CNJ dans l'espace public ?

a : Quel est le domaine de compétences du CNJ : cela se limite-t-il aux problèmes des jeunes, ou bien traitez-vous plus largement tous les problèmes de société / de démocratie… ?

A.D : Nous sommes particulièrement présents sur les problèmes des jeunes évidemment, par exemple sur les problèmes de précarité ou sur le lien entre universités et monde du travail. Mais plus largement nous traitons de toutes les questions de société. Par exemple, nous nous sommes prononcés en faveur de la parité.

a : Quelles sont aujourd'hui les principales prises de position du CNJ ? Sur quelles thématiques ?

A.D : Pour parler d'actualité récente, nous avons été associés à certaines réflexions mais pas toutes. Le Premier Ministre a interrogé le secrétariat du CNJ à l'occasion de la crise des banlieues. Nous avons également eu une discussion sur l'emploi à l'occasion de la mise en place du CNE, sur lequel nous étions opposé. En revanche, cela n'a pas été le cas pour le CPE, qui a pourtant suscité un vrai débat lors de notre université d'été.

Historiquement, le CNJ a réussi a faire passer plusieurs recommandations qui ont été appliquées : sa participation au débat sur la parité, le Programme Européen de la Jeunesse, le label Handicap Emploi ou encore des mesures très concrètes comme le permis à 1 euro, le Brevet d'Aptitude à la Gestion Associative, ou encore le projet « Capitaine de Soirée » qui permet à celui qui ne boit pas et qui conduit ses camarades en boîte de ne pas payer son entrée.

a : Comment ces recommandations sont-elles prises en compte ? Quelle publicité en est faite ?

A.D : Chaque commission travaille sur des thématiques durant un semestre. A chacune de nos universités (été et hiver), un rapport de nos travaux semestriels est voté. Il est ensuite remis au Ministre, ainsi qu'à tous les membres du gouvernement et au Président de l'Assemblée Nationale. Depuis Jean-François Lamour, il est également remis à tous les parlementaires. Récemment, un de nos rapports a fait l'objet d'un débat à l'Assemblée Nationale.
Propos recueillis par François Dubrau.

[18/11/2006 10:41:57 AM] par Actenses //

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